Éloge du sang, de Judi Rever. De quoi ont-ils vraiment peur ? MEDIAPART 18 AOÛT 2020

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Libération a publié ce 15 Aout une tribune consacrée à la promotion d’une pétition contre la parution en France d’Éloge sur sang, le dernier ouvrage de Judi Rever. Motif: l’ouvrage constituerait une insulte à la mémoire des victimes du génocide. Ibuka France, l’UEJF et SOS-racisme sont notamment à l’origine du texte.

L’appel publié par Libération commence d’emblée par invoquer un détournement de la liberté d’expression. Judi Rever, à l’aide de thèses contrefaites, serait le porte-parole de personnes condamnées ou recherchées pour le génocide des Tutsi. Elle attribuerait la préparation, le déclenchement et la perpétration du génocide… aux Tusti! À l’heure des réseaux sociaux, peut-on lire, il ne saurait être question de laisser les Dieudonnés et autres négationnistes se servir de la toile pour injurier la mémoire des morts et accroitre la douleur des vivants. Parler de choses et d’autres, certes, mais à condition de ne pas nier des vérités établies par les historiens et les sciences sociales. Les signataires s’autorisent même le luxe ostentatoire de donner leur propre interprétation de la législation sur le droit de la presse:

Faut-il rappeler, une fois de plus, que le négationnisme n’est pas une opinion mais un délit réprimé par la loi sur le plan pénal et intolérable sur le plan moral car il insulte la mémoire des victimes et offense les survivants portant ainsi atteinte à leur dignité ?

En tout cas, si la répression du négationnisme se limitait à prévenir une atteinte à la dignité des victimes et des survivants, son bénéfice serait assez illusoire dans la mesure où lesdites victimes ont déjà subi définitivement la pire atteinte à leur dignité, celle du déni du droit à la vie. La justification la plus probable parait donc être qu’il est préférable de ne pas tolérer le mensonge sur des crimes reconnus et jugés, et a fortiori sur les plus graves, parce que c’est aussi la meilleure façon de flétrir les admirateurs ou les disciples des criminels. Afin que ceux qui seraient tentés de justifier l’ignominie sachent qu’ils seront mis au ban de l’humaine société. Nous allons voir que la raison principale qui justifie la condamnation du propos négationniste est avant tout qu’il se rattache aux délits de provocation ou d’apologie.

Soyons attentifs, d’ailleurs, à la sempiternelle formule des pétitionnaires:  il ne s’agit pas d’une opinion mais d’un délit. C’est tout à fait simpliste. La loi se préoccupe des formes d’expression délictueuses sans se fourvoyer dans les questions d’opinion et surtout pas, en tout cas, dans l’arbitrage des travaux historiques. D’autant qu’il est facile de condamner les propos d’un auteur qu’on a mis soi-même dans sa bouche, au mépris de ce qu’il dit réellement. En s’exprimant de la sorte, nos valeureux signataires nous indiquent qu’ils n’entendent surtout pas discuter de quoi que ce soit, premier indice d’un vice de forme dans le procès d’intention mené contre Judi Rever. C’est que nous sommes en plein dans un effet pervers largement dénoncé par nombre d’historiens et qui prend aujourd’hui la forme la plus grossière: au nom de la mémoire des victimes, on voudrait interdire à un auteur de travailler et de fournir l’état de ses recherches sous le fallacieux prétexte qu’une certaine science, qu’il n’est même pas nécessaire de convoquer, aurait définitivement tranché tout débat.

Dans leur ouvrage Liberté pour l’histoire, Françoise Chandernagor et Pierre Nora, disaient en 2008: Le mouvement général de réinterprétation du passé par la mémoire, du jugement sur le passé au nom de la mémoire, mène tout droit à l’abolition de toute forme d’esprit et de raisonnement historique.(…)

« Deux mille ans de culpabilité chrétienne relayée par les droits de l’homme se sont réinvestis, au nom de la défense des individus et de la disqualification radicale de la France. Et l’école publique s’est engouffrée dans la brèche avec d’autant plus d’ardeur qu’à la faveur du multiculturalisme elle a trouvé dans cette repentance et ce masochisme national une nouvelle mission. Après avoir été le vaisseau pilote de l’humanité, La France est devenue l’avant-garde de la conscience universelle. Lourde rançon. Singulier privilège. »

Rendant compte d’une pétition de l’époque, visant à l’abrogation des articles de loi contraignant la recherche et l’enseignement de l’Histoire, Libération était nettement mieux inspiré qu’aujourd’hui:

Émus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l’appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants : L’histoire n’est pas une religion. L’historien n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant. L’histoire n’est pas la morale. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique.
Pierre Vidal-Naquet lui-même avait signé leur appel ainsi que d’autres historiens prestigieux comme Marc Ferro, Paul Veyne ou Pierre Milza.

Il n’est plus d’actualité d’abroger la loi Gayssot, pourtant objet de vives critiques relatives à la liberté d’expression dès sa promulgation. Raymond Boudon, sociologue un peu trop négligé, de nos jours, donnait le fin mot de l’affaire dans son ouvrage de 2012, Croire et savoir:

« On a multiplié en France les exceptions à la liberté d’expression. […] La loi Gayssot érode une liberté fondamentale. Mais son abolition serait grosse de difficultés. Ces effets de cliquet sont l’une des conséquences désastreuses de l’inflation législative, laquelle provient d’une préférence pour le symbolique et le court terme aux dépens du réel et du long terme ».

Il existe aussi une réflexion de taille sur le rapport entre les lois mémorielles, le travail de l’historien et les commémorations. Il a été effectué par la commission Accoyer, dite mission d’information sur les lois mémorielles qui a publié un rapport en 2008. Toute personne s’intéressant à ces questions doit s’y reporter. Françoise Chandernagor y a formulé les critiques acérées qu’on trouve dans son ouvrage précité, notamment celle-ci:

Bien que souvent non normatives, ces lois sont perçues et revendiquées comme telles par le public, qui les utilisera pour appuyer des actions fondées sur l’article 1382 du code civil ou des actions pénales fondées sur le délit d’injure. Cet environnement peut inciter les historiens, comme les éditeurs à l’autocensure. Plusieurs éditeurs auraient ainsi renoncé à publier des livres. Le risque est d’autant plus grand que le droit français permet aux associations de mettre en mouvement l’action publique, le procureur étant tenu d’engager les poursuites après avoir vérifié que l’association a bien l’ancienneté requise (cinq ans) pour se constituer partie civile. Un historien peut donc être aisément traduit en justice, quel que soit le bien fondé de la plainte. Même si le plaignant est débouté, la personne poursuivie aura été discréditée sur le plan médiatique.
• Avec ces lois appliquant des concepts juridiques contemporains comme le crime contre l’humanité ou le génocide à des événements du passé, on est en présence d’« un pêché contre l’histoire, un pêché d’anachronisme ». L’« effet pervers » d’une telle qualification est que, faute de pouvoir condamner les auteurs du crime principal – par exemple les négriers dans le cas de l’esclavage –, la loi « mémorielle » tend à créer un délit connexe, dont on cherche à punir les auteurs : en l’espèce, les historiens qui ne reconnaissent pas dans leurs écrits ou leurs propos, l’appréciation portée par le Parlement sur tel ou tel événement du passé. Selon Mme Changernagor, cette forme très particulière de rétroactivité pourrait inciter le juge à utiliser l’exception d’inconstitutionnalité introduite par la révision constitutionnelle adoptée en juillet 2008 .
 Le risque de créer des délits d’opinion
Le droit de la presse repose sur un équilibre entre préservation de la liberté et protection des droits des personnes. Par conséquent, l’adoption de nouvelles lois mémorielles instituant de nouveaux délits de négationnisme à propos de certains événements historiques ne pourrait que fragiliser l’édifice mis en place par la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Selon la juriste Nathalie Mallet-Poujol, « 
les délits de négationnisme ou de banalisation risquent de bousculer le fragile équilibre du droit de la presse en touchant à la subtile frontière entre des propos constitutifs d’une infraction et ceux qui restent une opinion… Ces délits de négationnisme risquent de rétablir une forme de délit d’opinion. » .
D’après cette spécialiste du droit de la presse, la loi «Gayssot» est la première à avoir dépassé une ligne blanche en inscrivant le délit de négationnisme dans la loi sur la presse, sans le rattacher à l’article 24 consacré aux provocations et apologies de crimes. Il aurait pourtant été plus logique, du point de vue de la cohérence de la loi de 1881 – qui comporte un petit nombre d’incriminations, dans le but de s’assurer que ces restrictions sont proportionnées à l’impératif démocratique de préservation de la liberté d’expression –, que le législateur assimile le négationnisme au délit de provocation, opération qui est d’ailleurs systématiquement faite par le juge. La solution retenue en 1990, même si elle se défend, n’est pas entièrement satisfaisante, car elle ne met pas en valeur la faute et le préjudice, ce qu’aurait permis, à l’inverse, un lien plus clair entre le délit de négationnisme et la provocation.
Par la suite, les propositions de lois visant à élargir le délit de négationnisme à la contestation d’autres crimes commis dans le passé, se sont, en quelque sorte, engouffrées dans la brèche ouverte par la loi « Gayssot ».

Pendant les débats de la commission Accoyer, Pierre Nora avait déclaré:

Lorsque l’ensemble des lois mémorielles copient la loi « Gayssot », ce n’est pas pour lutter contre le négationnisme : c’est pour formuler une vérité d’État officielle contre laquelle nul ne peut aller.

Au surplus, tout indique que les signataires ne se sont pas donné la peine de lire l’ouvrage : en effet, alors que le texte anglais est publié depuis plus de deux ans et demi, quels écrits scientifiques incontestables ont produits les soi-disant « universitaires » pour justifier leurs accusations ?

Les universitaires qui pétitionnaient en Octobre 2019 pour que Judi Rever ne s’exprime pas devant des universités belges s’en tiennent à l’habituelle réduction au négationnisme et à l’affirmation que la science toute entière est contre l’ouvrage, tout en se dispensant de la moindre démonstration ou critique argumentée à partir du texte lui-même.

C’est que la science à le dos large. Aujourd’hui encore les controverses sur le régime de Vichy ne sont pas closes, la décolonisation, la guerre froide, les crimes du régime stalinien ainsi que maints sujets contemporains sont encore en débat et la science aurait déjà livré sa version définitive sur le génocide des Tutsi? Décidément, le monde va de plus en plus vite. Ou alors peut-être certains auraient-ils tendance à penser qu’il n’est d’autre opinion possible que la leur. Voilà qui simplifie un bon nombre de réflexions.

C’est d’autant plus navrant que les « chercheurs » et les penseurs, en France entre autres, sont loin d’être infaillibles : faut-il rappeler les affaires Kravchenko ou Boudarel, Sartre en URSS ou Foucault et les mollahs ?

En tout cas, il faut bien constater que nos voisins d’outre-Atlantique sont véritablement de fichus ignorants. Certes, la pensée française a de tous temps illuminé le monde mais il semble que la science hexagonale ait le mal des transports. En fait, si l’on examine le pédigrée de l’ouvrage maléfique, il se pourrait bien que le Canada, selon nos pétitionnaires, soit une sorte de seconde patrie pour le Führer et que Mein Kampf y fasse partie des manuels scolaires.

Tout d’abord, l’ouvrage a fait l’objet d’une recension tout à fait positive dans The Lancet:

https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(18)32124-X/fulltext

Mais, bien entendu, pour nos signataires experts en matière scientifique, Le Lancet, ce n’est pas de la science, bien évidemment. Du moins, pas de même niveau que nos brillants chercheurs ou journalistes gaulois. Une sorte d’anecdote, en quelque sorte, presque une curiosité.

Le livre a aussi été critiqué favorablement dans la New York Review of Books:

https://www.nybooks.com/articles/2018/06/07/rwanda-mass-murder-we-dont-talk-about/

Il est bien connu que cette revue est aux mains de doux imbéciles prêts à tolérer n’importe quel outrage négationniste pour peu qu’on ait pris le soin d’y insérer quelques images à colorier.

On a vu aussi apparaitre l’ouvrage sur la short list (nomination) du du Hilary Weston Writers’ Trust Prize for Nonfiction qui semble bien être le prix le plus prestigieux du Canada. Sans doute un accident regrettable.

Le Hong Kong Free Press l’a inclus dans son World Best Human Right Book trimestriel.

Et voilà même qu’Éloge du sang a obtenu le prix Mavis Gallant. Certes, il n’est pas du niveau du Renaudot 2013, attribué à Matzneff, mais il est tout de même remis par la Fédération des Écrivains du Québec. Sans doute de dangereux négationnistes, eux aussi.

Et n’oublions pas le Huguenot Society of Canada Award (Ontario Historical Society). On ignorait que, parmi les nombreuses sectes du protestantisme, il y en avait une qui se consacrait au négationnisme génocidaire. Voilà qui aurait intéressé Max Weber.

Qui plus est, l’ouvrage original anglais a été publié chez Random Penguin Books, une des plus grandes maisons d’édition au monde. Visiblement les personnes recherchées ou condamnées pour le génocide des Tutsi ont de fervents admirateurs dans le monde éditorial Nord-Américain.

À la suite de cette énumération, on éprouve un léger vertige en constatant une surprenante discordance entre la réaction quasiment phobique de la tribune française, un peu comme s’il s’agissait du Diable en personne, et le bienveillant enthousiasme de prestigieuses institutions anglo-saxonnes, qui semblent voir dans le livre de Judi Rever un apport aussi sérieux que novateur sur le contexte du génocide des Tutsi. Plaisante vérité qu’un océan borne, me direz-vous. Nous sommes néanmoins fort loin des cris horrifiés et des allégations sordides, au point que même un océan ne suffit pas à expliquer le mystère. Que peuvent bien craindre d’un tel ouvrage les signataires de l’appel si ledit ouvrage est à ce point dépourvu de références et contrevient si explicitement aux conclusions de la science ?

C’est ici qu’il convient de révéler un élément particulièrement utile à la compréhension du phénomène :

En 2014, un certain Alain Ngirinshuti demande la nationalité française. Pour les connaisseurs, c’est un des plus virulents soutiens du régime rwandais actuel. Ô surprise, la nationalité française lui est refusée. Quelle en est la raison?

« Il ressort, au vu des éléments de votre dossier, que, eu égard à l’environnement dans lequel vous évoluez, votre loyalisme envers notre pays et ses institutions n’est pas avéré ».

Qu’à cela ne tienne, notre demandeur s’obstine et dépose un recours. Et là, bingo, voici la réponse émanant de Jean-Luc Guillemoto, sous-directeur de l’accès à la nationalité française du ministère de l’Intérieur:

« Après avoir procédé à un nouvel examen de votre dossier […], je constate que vous avez exercé des responsabilités associatives importantes au sein des structures françaises et européennes d’Ibuka et êtes plus particulièrement vice-président d’Ibuka France, qui sert de relais aux services de renseignement rwandais ».

C’est l’intéressé lui-même qui a narré l’affaire lors d’une interview à Jeune Afrique et ce, moins d’une semaine après avoir été reçu par le président Macron qu’on aurait cru mieux informé des analyses de ses services.

Arrivé à ce stade, même un lecteur irrémédiablement néophyte peut commencer à comprendre que les accusations portées contre Judi Rever sont orchestrées par Kigali. Et si l’un des signataires est à ce point proche du pouvoir Rwandais, il tombe sous le sens qu’il a vraisemblablement intoxiqué les autres partenaires. Restons charitables. C’est la raison pour laquelle, la question qui mérite d’être posée n’est pas de savoir si l’ouvrage de Judi Rever est réellement négationniste mais plutôt de se demander pourquoi un journal tel que Libération répercute aussi complaisamment et sans aucune distance les termes calomniateurs d’une pétition dont les promoteurs se sont visiblement dispensés de porter sérieusement le regard sur l’ouvrage attaqué.

C’est que contrairement à d’autres pays, la presse française a suivi docilement, et depuis des années, une ligne officielle instillée par Kigali, ignorant presque systématiquement un nombre assez important d’experts faisant entendre des voix divergentes. Et c’est précisément celle-ci qui est menacée par les révélations du livre de Judi Rever. De quoi confronter certains à leurs longues années d’errance.

Il faut, par ailleurs se souvenir que l’ouvrage de Filip Reyntjens (le Génocide des Tutsi au Rwanda) avait lui aussi subi de violentes attaques. Grands Dieux, le négationnisme s’attaquerait-il désormais à la collection Que-Sais-Je ? À qui se fier, désormais ? Rassurez-vous, bonnes gens, en 2017 le sociologue Marc Le pape avait brossé un tableau sans concession des méthodes employées par les relais, fanatiques et obligés de Kigali, faisant litière de ces funestes soupçons.

” L’une des méthodes utilisées pour mettre en cause un auteur traitant du Rwanda consiste à le délégitimer. Plusieurs manières de le faire ont cours. L’accusation de négationnisme est la plus courante, car sans doute est-elle estimée la plus efficace. Elle connaît quelques variantes : sont d’abord dénoncés ceux qui nient la réalité du génocide des Tutsi, une accusation justifiée et que nous partageons sans restriction.

Mais, de plus en plus couramment, sont traités de négationnistes les auteurs qui, en même temps qu’ils relatent le génocide des Tutsi, évoquent les crimes de masse commis par le Front patriotique rwandais (FPR), notamment entre 1993 et 1997. (…)

Selon les censeurs, la règle est qu’il ne faut pas importer dans le récit historique des éléments étrangers au déroulement du génocide tel qu’il peut être raconté, principalement par des témoins rescapés, interrogés au Rwanda. Ainsi est-il permis de montrer que le FPR a pu interrompre le génocide à mesure de son avancée militaire, mais toute allusion aux actions criminelles du FPR est exclue du récit légitime, ce serait commettre une sorte de cruauté symbolique contre les Tutsi survivants. (…)

Les auteurs de ces intimidations sont en majorité des « clercs » (nous empruntons à Bourdieu cette qualification), cette catégorie comprenant en l’occurrence des journalistes, des professeurs, des chercheurs, des juristes. La plupart ont une forte légitimité dans leur champ professionnel, légitimité dont ils tirent leur force d’intervention dans le champ public – ce dont témoigne la reprise de leurs propos dans la presse d’information généraliste.

Certains de ces clercs rappellent les compagnons de route d’autres époques par rapport à l’Union soviétique ou la Chine maoïste. Nous proposons cette analogie dans le cas des clercs pratiquant une surenchère en orthodoxie : ces plus stricts compagnons de route nient les violences systématiques contre tout opposant exercées par l’actuel pouvoir rwandais alors que les opposants sont exécutés ou emprisonnés ; ils nient aussi les contrôles exercés méticuleusement sur la population, ils ne les « ressentent » pas.

À cet égard, la presse écrite française diffère significativement de la presse anglophone (Royaume-Uni et États-Unis) qui relate et condamne de manière régulière les violations des droits humains commises actuellement au Rwanda et la dictature politique qui y règne.

Ajoutons qu’Amnesty International et Human Rights Watch publient périodiquement des enquêtes sur ces violations et les pratiques de dictature – « A darker side to Rwanda’s recent history », écrivait ainsi, début août 2017, Jason Burke, reporter du Guardian à Kigali. Même qualification dans un éditorial du New York Times, le 11 août 2017 qui, prenant appui sur un rapport de Human Rights Watch, met en cause « the dark side of Mr. Kagame’s success story », tout en reconnaissant des réussites notamment en matière de santé publique.

Voilà au moins un sociologue qui ne répercute pas les consignes du régime rwandais sur les conclusions des sciences sociales.

Un autre universitaire, Patrick Mbeko, tient lui aussi un langage assez dur sur les motivations de nos valeureux censeurs:

(…)Dès que vous interrogez l’histoire autrement, dès que vous commencez à poser des questions qui bousculent la vérité communément admise, dès que vous adoptez une lecture qui tranche avec la vérité officielle ou tenez un discours qui sort des sentiers tracés par le pouvoir tutsi du Rwanda, vous devenez l’homme ou la femme à abattre d’un groupe de gens ayant fait du génocide rwandais son fonds de commerce. Ils sont journalistes, universitaires, politiciens, militants des droits de l’homme et j’en passe. Les plus dangereux d’entre eux, ce sont les universitaires. Ceux-là mêmes qui se cachent derrière leurs titres pompeux de « spécialiste », d’historien et de je ne sais quoi encore pour enfumer, endoctriner, fabriquer le consentement de l’opinion et par-dessus tout censurer lorsque les trois autres approches ne produisent pas les effets escomptés.” (…)

Parce que, faut-il dire, le génocide rwandais a fait naître en Occident un nouveau type de journalistes et d’universitaires, pour qui ce drame africain est devenu non seulement un fonds de commerce » sur lequel beaucoup ont bâti leur carrière, mais aussi l’objet non pas de recherches sérieuses, mais d’un militantisme quasi-compulsif qui tolère difficilement la contradiction. Voilà pourquoi les Africains ne doivent pas être impressionnés par des gens qui se drapent de titres pompeux, alors qu’ils sont au service d’une cause nauséabonde, pour ne pas dire d’un tyran africain.

Hubert Védrine, au Sénat lors du colloque du 9 Mars 2020 : « Afrique des Grands Lacs : 60 ans de tragique instabilité » a pointé les méthodes détestables « maccarthyste, « staliniennes » de ces censeurs qui veulent proscrire, par l’intimidation et la violence, toute remise en question de l’histoire de la région concoctée à Kigali.
En définitive, ce que craignent les différents compagnons de route de Kagame, c’est que la vision du génocide qui a fait d’eux des spécialistes, des référents ou pour laquelle ils ont milité, ne soit désormais bouleversée vigoureusement par l’ouvrage dont le contenu, contrairement à ce qu’ils disent, est parfaitement documenté et étayé, aussi bien sur les massacres de l’Armée Patriotique Rwandaise que sur l’attentat qui a déclenché le génocide.
Ils ne craignent donc finalement que la vérité car comme l’a dit Carla del Ponte, procureur du TPIR, au journal “Aktuelt” du 17 avril 2000
if it’s the RPF that shot down the plane, the history of genocide must be rewritten. Althougt it will not alter hutu extremist’s responsability for the death of hundreds of thousands of people, it will put the RPF in a completely different light. RPF has so far been considered in the West as victims and as those, who stopped the genocide“. *

Or, Judi Rever démontre, entre autres, que c’est bien le FPR qui a abattu l’avion du Président Habyarimana, et elle apporte de multiples autres preuves qui démontrent que l’histoire du génocide des tutsi doit être réécrite.

« Plus une société s’éloigne de la vérité, plus elle hait ceux qui la disent. » (George Orwell).

 

*”S’il s’avérait que c’est le FPR qui a abattu l’avion, l’histoire du génocide devra être réécrite. Bien que cette situation n’atténue en rien la responsabilité des extrémistes Hutu dans la mort des centaines de milliers de personnes, elle ferait apparaître le FPR sous un jour nouveau. Le FPR a été jusque là considéré en Occident comme une victime et comme celui qui a mis fin au génocide .”

 

 


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